Ce qui nous sépare

 
Annes Collongues, Actes Sud, 2016

Annes Collongues, Actes Sud, 2016

Sans même prendre garde à sa destination, Marie est ce soir la première à s’engouffrer dans la rame de RER. S’en aller et être ailleurs, voilà tout ce qui lui importe désormais.

Impatients, angoissés, désabusés ou égarés, ils seront six à la rejoindre dans ce train qui inexorablement les emmène, trop vite peut-être, ou beaucoup trop lentement.

Sept destins que l’on appréhende furtivement, par petites touches, au travers de bribes de vie dont un détail, une image capturée à travers la vitre, un geste ou le vêtement d’un compagnon de voyage ravive le souvenir. Sept personnes que tout sépare mais que leur parcours a regroupés dans cette rame, que certains découvrent et que d’autres empruntent quotidiennement.

Pour tous, le temps de ce huis clos sera celui de l’introspection, celui où l’on se confronte à ses regrets, ses remords, sa solitude et ses ambitions abandonnées, où l’on réfléchit aux décisions que l’on a prises et à celles que trop souvent l’on a reportées. Et si pour certains, il n’était pas trop tard?

Ce que j’en pense

En racontant ces histoires presque banales, Anne Collongues parvient par une écriture tout en fluidité à insuffler au livre un véritable souffle romanesque et à susciter une empathie folle pour ses personnages. Le train file, les gares se succèdent, et soudain nous nous surprenons à tout ressentir de la tension qui anime ces anonymes, ces hommes et femmes que tous les jours nous croisons sans réellement les voir. Leur histoire, qui pourrait finalement être celle de n’importe qui, persiste dans nos souvenirs longtemps après la lecture terminée. 

Ce livre choisi un peu au hasard a été pour moi une vraie belle surprise et la découverte d’une jeune auteure très prometteuse. Voilà un roman que je suis difficilement parvenu à lâcher et dont les pages ont défilé sous mes doigts. Au terminal, j’ai juste regretté de ne pas pouvoir prolonger le voyage pour encore quelques stations. Une très joli moment.