Dans la forêt

 
Jean Hegland, Gallemeister, 2017

Jean Hegland, Gallemeister, 2017

De ce qui a mené le monde tel que nous le connaissions à sa perte, nous ne saurons pas grand chose. Il y a certes bien quelques rumeurs, quelques bribes d’informations glanées à propos de conflits géopolitiques, de catastrophes naturelles et de crises économiques mais nous n’en apprendrons pas davantage, car là n’est pas l’essentiel dans ce bouleversant roman. 

Ce qui compte en effet pour l’auteure est l’après, la vie hors de notre société de consommation, anéantie par la disparition de ressources, eau, électricité, essence, que l’on imagine parfois éternelles. C’est donc à la fin d’un monde, mais à surtout la possibilité d’un autre, plus rationnel et vers lequel nous comprenons qu’il est de plus en plus urgent de se tourner ainsi qu’à une remise en question fondamentale, que nous invite à réfléchir avec force ce texte.

Orphelines, recluses dans une propriété isolée au cœur d’hectares de forêt, Nell et Eva voient s’évanouir les rêves qu’elles nourrissaient et la vie qu’elles s’imaginaient. Progressivement, et à mesure que s’amenuisent leurs minces réserves, ce n’est plus qu’à leur propre survie qu’elles se consacrent, devant trouver en elles-mêmes et dans la nature qui les entoure des ressources jusqu’alors insoupçonnées pour se nourrir, se soigner et se protéger des prédateurs, animaux ou humains.

Étrangement, malgré les difficultés à faire face dans ce monde en perdition et en dépit de l’horreur de certaines scènes, c’est avant tout l’optimisme qui transpire de ce roman, grâce notamment à l’écriture lumineuse de Hegland, remplie de magnifiques trouvailles, et aux deux héroïnes, merveilleuses de courage, de bienveillance et d’humilité, à qui elle donne ici naissance.

Loin donc de se vouloir moralisateur, le retour à l’essentiel de ces deux sœurs délivre avant tout un message d’espoir puissant, et nous rappelle que nous n’avons pas attendre l’écroulement de notre monde pour dès aujourd’hui faire le choix d’en construire un autre, qui rendrait à l’homme et à la nature la place prépondérante qu’il est urgent de leur faire retrouver.

N’hésitez donc plus et enfoncez-vous dans la forêt, on en ressort grandi.