Ecorces vives

 
Alexandre Lenot, Actes Sud, 2019

Alexandre Lenot, Actes Sud, 2019

Voici une jolie découverte qu’a été pour moi “Ecorces vives”, premier ouvrage d’Alexandre Lenot paru chez Actes Sud.

Roman noir, chronique sociale, flirtant avec le #polar autant qu’avec le pur nature writing, il nous plonge en plein coeur du Massif Central, dans une région sauvage de montagnes et de forets, que la modernité semble avoir définitivement renoncé à embrasser.

De ce pays saigné par l’exode rural, rongé par la rancoeur et l’hostilité envers l’inconnu, quelques rares personnes ont cependant choisi de faire leur échappatoire. Séduites par son isolement et la beauté intacte de sa nature, elles y ont trouvé un lieu où fuir leur passé, panser leur plaies et tenter de se reconstruire. Lorsque Eli, un de ces hommes venus de loin, incendie une vieille ferme avant de disparaître, la rumeur d’un rôdeur hantant les bois naît rapidement parmi les natifs. Ils voient mis en péril un ordre séculaire, qu’ils ne reculeront devant rien pour sauvegarder.

Ce que j’en pense

Ce roman m’a happé. Le rythme plutôt lent des premiers chapitres monte progressivement en puissance pour bientôt nous emporter et nous tenir en haleine jusqu’à un final que l’on traverse le souffle retenu. Pas question ici d’intrigue, d’enquête ou de rebondissements, mais bien d’atmosphères suggérées avec talent, par une écriture maîtrisée et des mots très justement choisis. 

Presque personnage en soi, la nature est omniprésente. Certains passages nous offrent une plongée vertigineuse dans son immensité, sa majesté et son mystère, à la grâce d'évocations et de détails, bruits, odeurs, saisissants de réalisme. D’autres, au contraire, parviennent à nous faire ressentir ce vaste territoire comme un huis clos asphyxiant, dont personne ne peut échapper aux préjugés ni aux règles ancestrales. 

Je vous conseille donc vivement ce roman qui, en 200 pages à peine, réussit non seulement à nous transporter mais aussi à en dire beaucoup sur les thèmes de l’exil, de la fracture sociale, du rapport à la nature et de la résilience.