Grossir le ciel

 
Franck Bouysse, Le livre de poche, 2016

Franck Bouysse, Le livre de poche, 2016

Un flot de critiques presque unanimement dithyrambiques à propos d’une nouveauté provoque immanquablement en moi un mélange un peu étrange d’intérêt mais aussi d’une certaine forme de réticence. Ce n’est donc pas avec «Né d’aucune femme» mais bien avec «Grossir le ciel» que j’ai choisi de découvrir l’univers de Franck Bouysse.

Si les trois premiers quarts du roman du roman m’ont subjugué, définitivement persuadé du talent de l’auteur et convaincu que j’allais à coup sûr crier au chef-d’œuvre, le dernier m’a en revanche fait déchanter. La faute à un dénouement à mon sens bâclé et déconnecté de l’intrigue, mais surtout à une effusion de violence (certes, il y avait eu des prémices) dont j’ai beaucoup de mal à saisir le sens et qui, alors que tout était en place pour faire de ce livre un grand roman d’ambiance, il n’y a pas lieu de parler ici de polar, me laisse à l’arrivée avec l’amère sensation du tout ça pour ça.

Ce qui frappe en premier est la capacité de Bouysse, en quelques phrases à peine, à instaurer une atmosphère, à nous plonger dans le silence et la solitude pesante de ces terres reculées des Cévennes, à nous faire tout ressentir de la monotonie de la vie et de la rudesse du travail de deux hommes qui, inlassablement, au fil des saisons, cultivent une terre à peine arable et prennent soin de bêtes qu’ils vendront pour une misère.

L’écriture est précieuse, touche parfois à la poésie, et elle est surtout admirablement documentée, qualité assez rare que pour ne pas être soulignée.


L’autre force du texte est la tension que l’auteur parvient insidieusement à faire grandir, en distillant progressivement des éléments au départ presque banals, animaux agités, traces de pas, qui finissent sans que l’on y puisse rien par nous happer. Les hectares de terre se font huis clos oppressant, les vieilles rancœurs sont ravivées, et on attend en apnée un final qui n’est pour moi malheureusement pas à la hauteur de ce qui le précède, mais qui ne m’empêchera cependant pas de retourner avec plaisir vers d’autres titres de Franck Bouysse.