Servir le peuple

 
Yan Lianke, Editions Picquier, 2018

Yan Lianke, Editions Picquier, 2018

Servir le peuple! C’est ce slogan phare du maoïsme que détourne Yan Lianke pour donner son titre à ce sulfureux ouvrage, pamphlet érotico-politique bousculant sans vergogne les plus vénérables des icônes et les plus respectables des valeurs de la Chine communiste.

Voici un roman lu dans le cadre des challenges Instagram #varionsleseditions et #worldbooktourclub et qui m’a au départ attiré par son côté controversé et le parcours atypique de son auteur. Sorti en 2005, un an après que Lianke fut renvoyé de l’armée qu’il avait rejointe poussé par sa mère, et où il avait ironiquement débuté en créant des slogans, ce texte fut immédiatement censuré par le pouvoir chinois, qui le jugea subversif et trop explicite.

Parfois comparé à L’amant de Lady Chaterley, ce livre relate l’histoire de Wu, paysan pauvre s’étant engagé dans l’armée essentiellement par opportunisme. Devenu modèle d’exemplarité et de dévotion, il a été promu au service d’un colonel et de son épouse Liu, de 20 ans sa cadette. Quand l’officier s’absente deux mois, Liu va exiger de Wu qu’il devienne son amant, brandissant devant les réticences du soldat le serment de servir le peuple qu’il a juré d’honorer. Une passion torride naît alors entre les deux jeunes gens, passion dont ils découvrent que la destruction frénétique d’objets liés à Mao, sacrilège parmi les sacrilèges, peut encore décupler l’intensité.

J’ai trouvé intelligente la manière dont le récit dénonce à travers cette relation, qui transgresse toute forme de convention sociale, les aberrations de l’idéologie maoïste, et en particulier comment des préceptes martelés mais vides de sens permettent de justifier toute décision.

Pour le reste, malgré quelques passages jubilatoires, je n’ai pas été complètement touché par l’écriture ni emporté par ce roman, qui n’est resté pour moi (et c’est déjà pas mal) qu’une lecture amusante. Il est probable que je manque de contexte pour apprécier pleinement la portée du texte, dans la mesure où il est inconcevable d’imaginer en France des publications de ce type censurées; si le sujet vous intéresse, n’hésitez donc pas à ouvrir ce curieux et courageux objet littéraire.