Révoltée

 
Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, Editions du Seuil, 2017

Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, Editions du Seuil, 2017

Révoltée est l’ahurissant récit de la vie d’Evguénia Iaroslavskaïa-Markon, rédigé à la hâte par la jeune femme dans l’enfer du goulag des îles Solovki, quelques mois avant son exécution en 1931 à 29 ans seulement. Sans beaucoup d’illusions sur le destin qui l’attend, l’auteure livre une “auto-nécrologie” libérée de toute retenue, un texte brut, fort, déconcertant de sincérité, comme une dernière malediction jetée sur un système dont, de tout son être, elle aspire à l’anéantissement. Comme une dernière bravade à ses bourreaux qui furent auparavant ceux de son mari, et dont elle avait fait voeu de se venger "par le verbe et le sang". En lisant ce texte, nous lui permettons d’honorer, au moins en partie, ce serment.

La vie qui nous est ici raportée est avant tout une vie de convictions, de certitudes jamais remises en cause, un entêtement aux conséquences terribles mais totalement assumées. Décue par la revolution et la dictature des Bolchéviks, Evguénia éllabore trsè jeunes ses propres theories révolutionnaires et se persuade que seule la pègre consitue la vraie classe révolutionnaire. A l’arrestation de son époux, le poète Alexandre Iaroslavski, c’est donc sans le moindre doute qu’elle decide d’embrasser une vie marginale, de vagabondage et de voleuse. Une vie totale, digne, sans regret ni compromis, entièrement dédiée à la cause révolutionaire.

Voici un témoignage précieux, ayant traversé un peu miraculeusement le temps, jusqu’à être redécouvert en 1996 dans les archives du FSB, principal successeur du KGB. Il est complété dans son edition aux @editionsduseuil par plusieurs commentaires et documents d’archives, qui permettent de remttre en contexte ce témoignage. La préface d’Olivier Rolin nous apprend notemment que la vision politique de la jeune femme était fausse, et que jamais le monde des voyous ne fut foyer de révolution. Une erreur certes, mais qui n’enlève rien à l’admiration que l’on ne peut que vouer au courage et à la détermination sans faille de cette femme.

Quelques dizaines de pages à lire absolument, si ce n’est pour une leçon d’histoire, au moins pour une vraie leçon de vie.

Cette lecture et cette chronique ont été réalisées dans le cadre du Mois de l’Europe de l’Est pour lequel vous trouverez toutes les informations ici https://evabouquine.wordpress.com/2019/01/16/le-mois-de-leurope-de-lest-deva-patrice-et-goran-2019/ Retrouvez aussi l’excellent compte https://www.instagram.com/et_si_on_bouquinait/ sur Instagram.