Sa Majesté des mouches

 
William Golding, Folio , 1983

William Golding, Folio , 1983

“Maybe there is a beast … maybe it’s only us.” .

Il est de ces romans qui traversent les années, qui adolescent vous interpellent puis qui, adulte, vous touchent avec davantage de force encore lorsque vous les redécouvrez. Il est de ces romans qui, plus de 60 ans après leur parution et en 250 pages à peine, continuent à questionner la société, ses fondements et notre propre condition avec une pertinence et une puissance glaçantes. Sa Majesté des Mouches est pour moi de la trempe de ces grands livres, et définitivement un de ceux qui a marqué mon expérience de lecteur.


Dans le cadre idyllique et luxuriant d’une île déserte du Pacifique, William Golding met en scène une bande de jeunes garçons anglais, seuls survivants d’un accident d’avion. Passée l’insouciance des premières heures, émerge rapidement pour ces enfants livrés à eux-mêmes le besoin de se structurer et de mettre en place une hiérarchie.

En confrontant deux conceptions diamétralement opposées de l’autorité, celle d’un ordre rationnel et humain contre celle, que la majorité finira par rallier, d’une organisation totalitaire fondée sur une violence assumée et rassurante, l’auteur nous questionne sur notre nature profonde. Ne sommes-nous fondamentalement mus que par des instincts primaires et violents, certes traditionnellement contenus, mais que le doute, la peur et les difficultés peuvent à tout moment faire resurgir et triompher, éteignant en nous toute forme de raison et de discernement ?

Oui, semble répondre sans l’ombre d’une hésitation Golding, tant l’épreuve révèlera des naufragés le pire, et les verra sombrer dans une barbarie qui effacera en eux jusqu’aux dernières traces d’humanité.


Un roman essentiel, qui perturbe, bouscule et insiste si besoin en était encore sur la fragilité de notre civilisation. Un roman certes profondément pessimiste, mais qui rappelle qu’il n’appartient finalement qu’à nous de choisir l’espoir.

“Le salut de l'humanité réside en chacun de nous, non pas dans un système, une croyance, ou à l'intérieur d'une frontière donnée. L'ennemi n'est pas au-dehors, mais en dedans.”