Un père à la plancha

 
Samuel Poisson-Quinton, L’Arbalète Gallimard, 2019

Samuel Poisson-Quinton, L’Arbalète Gallimard, 2019

“La voix de l’infirmière résonne encore dans ta tête quand la machine délivre son premier bon.

    Le chef gueule: “Trois saignants dont un sans fromage!”

Les premières lignes insufflent au texte un sentiment d’urgence qui jamais ne faiblira. Un fils vient d’apprendre la mort de son père et rejaillissent alors dans son esprit une foule de souvenirs liés à ce psychiatre émérite, qui sombra progressivement dans la maladie mentale et finira par fréquenter comme patient des institutions où il avait jadis professé comme médecin.

L’heure n’est cependant pas à la mélancolie ou au relâchement. Au Palais des Burgers, le service bat son plein et le chef est intransigeant. Alors il faut tenir bon, arroser la plancha d’huile, y faire griller les steaks, plonger les pâtes dans l’eau bouillante et enfourner les merlus. Mais voici que surgissent pour le fils unique les obligations de circonstance: organiser les funérailles et prévenir ses proches, en premier lieu sa mère, séparée de son père. 

Ce que j’en pense

Ce court récit foisonne d’anecdotes et de bribes de vie qui, au fil des souvenirs d'un fils tentant de faire face, relatent avec une puissance et une efficacité irrésistibles le déclin d’un homme au parcours atypique. On s’émeut du destin de ce père autant que l’on sourit, presque malgré nous, de ses frasques, lui qui a été capable d’adresser à Nicolas Sarkozy un mille-feuille empoisonné pour son anniversaire ou de rouler jusqu'à Zurich, un chevreuil ensanglanté dans le coffre.

Face au deuil, s’impose aussi la question de ce qui reste, de ce qui est transmis. Le fils ne sera jamais son père, en tout cas pas complètement. 

Mais la distance d’hier reste la distance d’aujourd’hui. 

Autrement dit, j'échoue à faire la lumière. C’est ma défaite ; tes ténèbres ne m’accueillent point, papa.

Touchant.